Alors que la Syrie et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont conclu fin janvier un accord historique d’intégration militaire et administrative, la députée turque pro-kurde Tülay Hatimogullari met en lumière les tensions croissantes provoquées par la politique d’Ankara. Selon elle, le soutien turc à Damas compromet gravement les négociations en cours entre le gouvernement turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Cette situation fragilise non seulement les espoirs de paix en Turquie, mais elle déstabilise également l’équilibre délicat des relations entre la Turquie et la Syrie dans un contexte régional déjà inflammable. Entre diplomatie régionale incertaine et enjeux du conflit kurde, les perspectives d’une stabilité politique durable semblent s’éloigner.
Comment la politique d’Ankara avec Damas influence les négociations avec les Kurdes en Turquie
Depuis plus d’un an, Ankara s’est engagée dans un processus de paix inédit avec le PKK, mouvement kurde historique en Turquie qui a annoncé sa dissolution en mai 2025. Tülay Hatimogullari, coprésidente du parti prokurde DEM, joue un rôle de médiatrice dans ces négociations. Cependant, elle pointe du doigt une contradiction majeure : la politique étrangère turque qui favorise actuellement un rapprochement avec Damas, aux dépens des intérêts kurdes, risque de faire capoter le dialogue interne.
En soutenant le gouvernement syrien dans ses efforts pour reprendre le contrôle des territoires kurdes en Rojava, Ankara envoie un signal ambigu. Ce double jeu nuit à la confiance nécessaire entre les différentes parties kurdes et l’État turc. La députée explique que la priorisation du dossier syrien par le gouvernement à Ankara a relégué au second plan les réformes démocratiques indispensables pour apaiser le conflit kurde sur le sol national.

Les répercussions des relations Turquie-Syrie sur le conflit kurde
La conclusion de l’accord entre Damas et les FDS en janvier 2026, intégrant les forces kurdes de la région autonome de Rojava à l’administration syrienne, a été saluée par Tülay Hatimogullari comme un pas important. Néanmoins, elle craint que cette avancée syrienne ne se traduise pas par une amélioration parallèle en Turquie. L’ambivalence de la politique turque, qui soutient des groupes islamistes radicaux affiliés à Ankara dans le nord de la Syrie, exacerbe la méfiance des Kurdes turcs, qui perçoivent cette stratégie comme une trahison.
Ce revirement entache les fondations mêmes du processus de paix qui, à l’origine, reposait sur un dialogue sincère et des concessions réciproques. Tülay Hatimogullari insiste sur le fait que la stabilité politique est aujourd’hui plus fragile que jamais, et que sans un changement significatif de la diplomatie régionale d’Ankara, les négociations risquent fort de s’enliser.
Les enjeux de la diplomatie régionale entre Ankara, Damas et les forces kurdes
Dans ce contexte, la volonté d’Ankara d’équilibrer ses intérêts entre Damas et le Kurdes semble vouée à l’échec. D’un côté, le rapprochement avec le régime syrien vise à contenir l’influence kurde et sécuriser la frontière sud de la Turquie. De l’autre, il creuse un fossé avec une partie importante de la population kurde turque, qui revendique toujours la reconnaissance et davantage d’autonomie politique.
Les autorités turques se trouvent donc à un carrefour délicat : continuer à appuyer Damas pour des raisons stratégiques ou réinjecter de la confiance dans le processus de paix avec les Kurdes. Tülay Hatimogullari rappelle que ce dernier doit reposer sur des véritables réformes et non sur des postures diplomatiques inconsistantes, sans quoi la paix durable restera un rêve lointain.
Le rôle clé de Tülay Hatimogullari dans la médiation politique
En tant que figure centrale du parti DEM, Tülay Hatimogullari incarne l’espoir d’un dialogue apaisé entre Ankara et les Kurdes. Tout en saluant l’accord autour de Rojava, elle insiste pour que la politique turque ne sacrifie pas ce processus au profit d’intérêts géopolitiques à court terme. Son engagement quotidien révèle la complexité des négociations dans un climat de méfiance accumulée, où chaque action d’Ankara est scrutée à la loupe.
Cette dynamique souligne à quel point la diplomatie régionale et les choix internes à la Turquie sont intimement liés. L’équilibre fragile entretenu depuis plusieurs années risque de basculer, avec des conséquences lourdes pour la stabilité politique non seulement de la Turquie, mais de toute la région.





